Viniyoga ) Ashtânga-yoga
Tel qu'exposé dans les Yoga-Sûtra de Patanjali, l'ashtânga yoga se définit comme "le yoga à huit membres" (astha: huit, anga: membre).
Cette voie peut conduire à la réalisation de l'être. On peut y arriver en passant de notre condition actuelle à une autre condition dans laquelle il y a moins de souffrance (duhkha), moins de perturbations de l'esprit.
Pour y parvenir, le yoga propose un cheminement personnel à partir des 8 aspects constituant l'ashtânga yoga. Ceux-ci sont présentés du plus grossier au plus subtil.
Yama, les attitudes à l'égard du monde extérieur, niyama, les attitudes envers nous-mêmes, âsana, les postures et prânâyâma, le contrôle respiratoire sont qualifiés d'externes et grossiers. On peut les pratiquer: ils demandent effort, attention et réflexion.
Les 4 membres suivants, internes et subtils, ne peuvent pas être pratiqués. Tout ce que l'on peut faire c'est se préparer pour favoriser leur venue. Il s'agit de pratyâhâra, le retrait des sens, dhâranâ, la concentration, dhyâna, la méditation et samâdhi, la contemplation.
Référence: T.K.V. Desikachar
"Un arbre est fait de racines, d'un tronc, de branches, de feuilles, d'écorce, de sève, de fleurs et de fruits. Chacun de ces éléments a son identité propre, mais aucun ne peut par lui-même devenir un arbre. Il en va de même pour le Yoga. De même que toutes les parties de l'arbre mises ensemble constituent un arbre, les huit étapes du Yoga mises ensemble forment le Yoga. Les principes universels de Yama sont les racines et les disciplines individuelles de Niyama forment le tronc. Les âsanas sont comme diverses branches se déployant dans différentes directions. Prânâyâma, qui insuffle de l'énergie dans le corps, est comparable aux feuilles qui font respirer l'arbre tout entier.
Pratyâhâra empêche l'énergie des sens de s'écouler à l'extérieur tout comme l'écorce préserve un arbre du dépérissement. Dhâranâ est la sève de l'arbre: il assure la vigueur du corps et de l'intellect. Dhyâna est la fleur qui s'épanouit pour donner le fruit du Samâdhi. Tout comme le fruit est l'ultime accomplissement de l'arbre, la réalisation de notre être véritable (âtma-darshana) est le point culminant du Yoga."
Référence: B.K.S. Iyengar, Lumière sur le prânâyâma, Paris, Buchet/Chastel, 1995 p. 26
Définition de Yama
Ce sont les attitudes que l'on va avoir vis-à-vis d'autrui, envers le monde extérieur. Elles sont au nombre de 5.
La première c'est ahimsâ: la non-violence. Ce mot signifie aussi la bienveillance, la considération que l'on montre vis-à-vis des êtres, des choses et de soi-même.
Le yama suivant se nomme satya: "dire la vérité". Mais attention! Dire la vérité est bénéfique à condition que cela ne nuise à personne. Si la vérité n'est pas bienveillante, il vaut mieux se taire.
La troisième attitude, asteya, implique de ne jamais prendre avantage d'une situation dans laquelle quelqu'un nous a fait confiance. Asteya veut dire le "non-vol": ne pas faire, ne pas encourager, ne pas approuver le vol.
Brahmacarya, le quatrième yama, est souvent traduit par "chasteté, célibat". Il s'agit plutôt d'une démarche sérieuse où le contrôle des sens va progressivement créer les conditions favorables à la compréhension de vérités plus élevées.
C'est pas la "non-avidité" que l'on traduit aparigraha . En fait, cette cinquième attitude renvoit à l'importance de distinguer entre les besoins réels et nécessaires, et le superflu auquel on s'attache parfois de manière excessive et malsaine.
Définition de Niyama
Les 5 niyamas sont plus intimes que les yamas en ce sens qu'ils concernent plus spécifiquement les attitudes que l'on adopte envers soi-même.
Le premier niyama est shauca ou la pureté. Elle a deux aspects: externe et interne. Le shauca externe c'est veiller à la propreté et à la santé du corps physique. Le shauca interne concerne l'esprit. Il faut se libérer des pensées et des sentiments négatifs qui le pollent.
Samtosha, le sentiment de contentement, est à la base du bonheur. Il s'agit de développer cette aptitude à être satisfait de ce qu'on a et à ne pas désirer ce qu'on n'a pas gagné. On ne devrait pas être affecté d'obtenir dans la vie moins ou plus que ce qu'on espérait.
La troisième attitude face à soi-même est tapas qui signifie faire ce qu'il faut pour être en forme; se donner de bonnes habitdes de vie par un effort soutenu et adéquat. L'effort peut être eptit, voire minime, il est essentiel pour secouer l'inertie.
Svâdhyâya, le quatrième niyama, c'est l'étude de soi et la connaissance qui en découle. Cette enquête, cette démarche sérieuse vont permettre de poser un regard plus lucide sur la relation qu'on a avec les autres et avec son environnement.
"Confiance totale, abandon, détachement, s'en remettre à la Conscience Universelle, humilité face à un plus grand que soi": voilà îshvarapranidhâna. En fait, cette attitude consiste à se préoccuper surtout de ce qu'on fait, au moment où on le fait, pour bien le faire, et se préoccuper de moins en moins des résultats de cette action.
Références pour yama et niyama: T.K.V. Desikachar et Goswami Kriyananda
Définition d'Âsana
Le mot âsana signifie "posture" et dérive de la racine sanskrite as: "rester, être, s'asseoir, être établi dans une position particulière". Au début, les postures sont simples et confortables pour le pratiquant qui apprend à connaître son corps avec ses possibilités et ses limites. Progressivement, il est souhaitable de conduire son corps vers des positions plus inhabituelles.
Mais attention! L'esprit de la pratique nous est présentée par Patanjali dans les Yoga-Sûtra. "La souffrance à venir est à éviter" (Y.S.II-16). En d'autres mots, il faut se respecter suffisamment pour anticiper et prévenir les blessures. Surtout, ne pas aggraver le mal déjà existant. Voilà pourquoi l'aide d'un professeur compétent est fortement recommandé pour guider adéquatement l'étudiant dans sa démarche.
La posture n'est âsana que si elle réunit en même temps les deux qualités suivantes: sukha et sthira. Sukha signifie "l'aisance, le confort" et sthira veut dire "fermeté, vigilance". Lorsque pratiqué correctement, il y a dans l'âsana, vigilance sans tension et relaxation sans engourdissement ni lourdeur.
Unifier les mouvements du corps et du souffle, être attentif à ce qu'on fait et observer les réactions physiques et respiratoires, sont les premières étapes vers une pratique d'âsana qui correspond à la définition du yoga (voir Viniyoga).
Définition de Prânâyâma
La pratique des âsana nous permet également de comprendre notre mode respiratoire. Lorsque le corps atteint un minimum de bien-être physique, l'attention peut se porter sur la respiration. Dans les Yoga-Sûtra (II,49), Patanjali explique: "Ceci (la maîtrise de la posture) étant atteint, la régulation des phases d'inspiration et d'expiration est le contrôle du souffle". Cette conscience du souffle s'appelle prânâyâma.
Le prânâyâma est donc l'interruption du mode de respiration ordinaire, non conscient. C'est l'arrêt de la respiration automatique qui dépend de l'activité physique ou mentale, et qui est le plus souvent courte et saccadée.
La tradition dit qu'une personne instable et confuse a davantage de prâna (l'énergie vitale, le souffle de vie, "ce qui est présent partout à chaque instant") à l'extérieur du corps. Le prâna est concentré à l'intérieur lorsqu'on est calme. Ce qu'on essaie de réaliser par la pratique du prânâyâma, c'est de confiner de plus en plus de prâna à l'intérieur du corps.
Plusieurs techniques soutiennent la pratique du prânâyâma.
Les plus simples comme l'observation du passage de l'air dans les narines, ne sont pas moins "efficaces" que les plus compliquées avec rythmes et rétentions. L'important, c'est la conscience du souffle et la qualité de l'attention qui lui est portée. Il s'avère encore une fois nécessaire de souligner la nécessité d'être bien guidé dans cet apprentissage du prânâyâma pour permettre au pratiquant de progresser au rythme qui est le sien et d'en retirer le maximum de bienfaits.
Référence: T.K.V. Desikachar, Entretiens sur la théorie et la pratique. Viniyoga, 1980.
Définition de Pratyâhâra
Lorsqu'on est totalement absorbé par quelque chose, il est possible de ne rien percevoir autour de soi. Le mot ahâra signifie "nourriture". Pratyâhâra veut dire "se retirer de ce dont on se nourrit". Cela s'applique ici aux organes des sens et se produit en conséquence à l'état de concentration.
Comme la tortue qui rentre sa tête et ses membres à l'intérieur de sa coquille, les sens se rétractent lorsque l'esprit s'implique totalement dans la concentration (et à plus forte raison la méditation).
Désikachar l'explique ainsi: "Pratyâhâra, c'est cet état dans lequel les sens ne se relient plus aux objets. Ce n'est pas le sommeil. Les sens sont capables de fonctionner mais ne le font pas parce que les objets ne les influencent plus. Ils sont en retrait."
Référence: T.K.V. Desikachar, Entretiens sur la théorie et la pratique. Viniyoga, 1980.
Définitions de Dhâranâ, dhyâna et samâdhi
Après les premiers membres relatifs au corps, à la respiration et aux organes des sens, nous entrons ici dans la dimension mentale, psychologique et spirituelle du yoga. Cette dimension comprend trois états et étapes: la concentration (dhârana), la méditation (dhyâna) et la contemplation (samâdhi).
"La concentration est une action volontaire, un effort conscient, le choix délibéré de porter son activité mentale sur un objet déterminé" (F. Mazet). Le mental s'oriente dans une seule direction et permet de créer les conditions favorables à l'état de méditation. Cet "objet" particulier sur lequel l'esprit se concentre peut appartenir à tout domaine: un objet perçu, un concept ou une idée. Dans un yoga à base de postures, l'observation du corps et du souffle dans la pratique est un premier pas vers la concentration.
Dhâranâ précède nécessairement dhyâna. Quand l'esprit devient intéressé par un objet particulier et rien d'autre, alors la communication s'établit. La méditation c'est la communication. Le flot ininterrompu des pensées se traduit par un mouvement d'aller-retour entre le méditant et l'objet de la méditation.
"Quand l'objet de méditation brille seulement dans l'esprit comme si celui-ci était vide de sa propre forme, c'est la contemplation."
(Y-S III,3, traduction de B. Bouanchaud). Désikachar précise: "Cet état atteint, nous ne distinguons plus rien hormis l'objet lui-même. Nous ne sommes même plus conscient d'être des personnes distinctes, séparées de l'objet. Nos activités mentales sont toutes totalement intégrées à l'objet et seulement à lui."
Il n'est pas possible de s'asseoir et de dire qu'on va faire dhâranâ, dhyâna ou samâdhi. Par la pratique de âsana et de prânâyâma, on peut créer les conditions dans lesquelles ces états seront aptes à se produire. Quand l'activité mentale est réduite, le dhâranâ peut avoir lieu, le dhyâna et le samâdhi peuvent ensuite se produire.
Références:
T.K.V. Desikachar, Entretiens sur la théorie et la pratique.
Viniyoga, 1980.
Mazet, Françoise. Patanjali. Yoga-Sutras, traduction et commentaires par Françoise Mazet, Paris: Albin Michel, 1991
Bernard Bouanchaud. Miroir: Itinéraire vers soi-même à travers les Yoga-sûtra de Patanjali. Paris: Agamat, 1995